Principe de suspension – Vanessa Bamberger

Ce n’est pas tous les jours que le patron d’une PMI est le héros d’un roman. C’est la première originalité de ce récit qui ausculte avec méthode les affres du couple plongé dans un environnement en crise. Une alchimie complexe, le couple…

Principe de suspension

« Le premier livre de la sélection 2017 des 68 est lu ! Une histoire contemporaine, histoire du monde du travail qui souffre, histoire triste et désespérante comme un jour pluvieux. Thomas aime l’industrie, il aime le fracas des machines, il veut sauver les ouvriers du chômage. Mais voilà, la crise, la mondialisation, les délocalisations, la trahison l’épuisent, le cassent, l’étouffent. Et Thomas se retrouve en réanimation, dans le coma, son épouse Olivia à son chevet. Alors se déroule l’histoire de Thomas, personnelle et professionnelle, celle d’Olivia. Un roman qui se situe dans le monde de l’industrie, du point de vue du patron, ce n’est pas si fréquent. Et même si son traitement n’est pas original, c’est un plaisir. Chaque personnage est présenté dans toute sa complexité, ses rapports aux autres dans toute leur ambiguïté, et c’est intéressant. Le texte est ciselé, la structure du roman aboutie est porteuse de sens. Mais il y a beaucoup de malheur dans cette histoire et c’est un peu étouffant. Par contre, le dernier chapitre éclate comme un feu d’artifice, éclaire chaque personnage, ouvre sur un avenir plein de promesses, où chacun a trouvé sa place. Au final, un livre que j’ai aimé lire. » – Enell Liraconteuse (Nicole)

« Premier roman très abouti L’industrie française décrite comme jamais : la réalité de la vie d’un patron confronté aux délocalisations, la concurrence, les syndicats, la faillite est très violente. Ecriture rythmée : le quotidien de Thomas en alternance avec celui d’Olivia son épouse m’ont emportée, impossible de quitter ce livre que je recommande vivement. » – Annie Fort

« Veillé par Olivia sa femme, Thomas est suspendu entre vie et mort dans une chambre de réanimation. A bout de souffle après une violente crise d’asthme. Pour lui qui dirige une entreprise fabricant des inhalateurs pour asthmatiques, c’est à la fois paradoxal et ironique. En remontant le fil du temps, on apprend ce qui l’a conduit là, relié à un fil de vie par des tuyaux, des sondes et des respirateurs. Pour lui qui voue une sorte de culte aux machines prévues pour soulager les efforts des hommes, c’est à la fois ironique et paradoxal. Thomas est un patron de petite entreprise mais un patron humain, un patron qui cherche l’admiration, le respect mais aussi l’amitié de ses ouvriers, un patron prêt à tout pour améliorer leur condition et pour maintenir leurs emplois. Cependant ce ne sont ni des motivations politiques ou idéologiques qui guident ses choix, mais un envahissant sentiment de culpabilité traîné depuis l’enfance et la disparition de sa petite soeur handicapée. Ce même manque d’un être cher le relie à Olivia, comme si leur amour ne s’était construit qu’autour de gouffres béants. Olivia qui au chevet de son mari, prend conscience peu à peu de ce qui les sépare davantage que de ce qui les unit. Olivia dont les pensées semblent s’effilocher et se perdre entre espoir de retrouver son mari tel qu’avant et frustration de ne pas vivre une autre vie.
Je les ai ressentis comme des errances ces récits alternés entre passé proche pour la vie de Thomas dans son entreprise, et présent pour Olivia dans une salle de réanimation. Des errances entre comptes mal réglés avec l’enfance et quotidien qui échappe à tout contrôle. Des errances grisâtres au milieu des décombres des usines fermées, parmi des êtres comme ruinés de l’intérieur, asphyxiés financièrement, socialement et affectivement par les lois d’un marché qui ne se préoccupe que de rentabilité en repoussant toute notion d’humanité. L’alternance des chapitres joue avec les termes du titre et donne de multiples clés d’interprétation entre ces « principes » sur lesquels Thomas ne peut transiger, au risque de s’en étouffer, et cette « suspension » du temps, de la vie et du couple que constitue le coma dont il est victime et l’attente de son réveil… ou de sa mort.
Il a quelque chose d’une tristesse suffocante, ce premier roman étonnant. C’est, en tout cas, ainsi que je l’ai perçu. Comme un constat désespéré des effets de la crise économique, de la sphère publique jusqu’au plus intime de la sphère privée. Comme si, en définitive, les problèmes posés par tous les rapports humains étaient insolubles, inexorablement en suspension dans un milieu défavorable à toute possibilité de se rejoindre et de se mélanger.
J’ai beaucoup aimé ce point de vue inhabituel sur les conséquences de la crise économique et sur l’effritement d’un couple et la manière signifiante dont il est traité. Mais j’ai été si sensible à son atmosphère oppressante que je ne suis pas certaine d’avoir envie de le relire. – Merlieux L’enchanteur (Sophie Gauthier)
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