Principe de suspension – Vanessa Bamberger

Ce n’est pas tous les jours que le patron d’une PMI est le héros d’un roman. C’est la première originalité de ce récit qui ausculte avec méthode les affres du couple plongé dans un environnement en crise. Une alchimie complexe, le couple…

Principe de suspension

L’écriture de Vanessa Bamberger est d’une belle finesse ; implacable, aussi. Cette histoire de couple qui s’abîme est dure, tout autant que cette crise économique. Les êtres s’usent, ont du mal à y croire encore. Les combats à mener sont éprouvants. Ils terrassent Thomas, qui veut sauver son entreprise. Ils torturent Olivia, qui veut savoir quelle est la place qui lui est réservée dans son couple et à la face du monde. Ils blessent les salariés des usines dans leur chair, les plus jeunes acceptant “les sacrifices physiques en gardant l’oeil sur leur fiche de paye et pas sur leurs collègues quadragénaires qui ressemblaient déjà à de vieux messieurs”. Vanessa Bamberger lie habilement l’intime et le collectif. La violence de ce monde s’incarne dans des personnages forts et vacillants, qui, tous, ont un besoin de reconnaissance. Ses mots sonnent juste. Et l’émotion s’installe, au fil des pages, savamment dosée. L’écriture est retenue, et les faits n’en sont que plus terribles. – Célina Weifert

Encore un livre sur la crise, les délocalisations en masse et les patrons qui délaissent leurs salariés ? Oui, mais pas seulement. A travers l’histoire de Thomas, patron dont la bienveillance sera vite rattrapée par la réalité économique et qui va se retrouver littéralement asphyxié par ses problèmes, la journaliste Vanessa Bamberger s’empare certes d’un sujet très actuel et largement disséqué à foison dans les médias. Mais elle parvient également à injecter une bonne dose de mélancolie dans son écriture, ce qui rend les personnages particulièrement attachants. On suit avec douceur les aller-retours dans le temps, les conséquences de l’événement sur l’entourage du héros, l’auteur établit ainsi un très beau parallèle entre deux trajectoires malmenées, avec une minutie captivante dans les descriptions et un sens de l’empathie incroyable.- Boris Tampigny

« Le premier livre de la sélection 2017 des 68 est lu ! Une histoire contemporaine, histoire du monde du travail qui souffre, histoire triste et désespérante comme un jour pluvieux. Thomas aime l’industrie, il aime le fracas des machines, il veut sauver les ouvriers du chômage. Mais voilà, la crise, la mondialisation, les délocalisations, la trahison l’épuisent, le cassent, l’étouffent. Et Thomas se retrouve en réanimation, dans le coma, son épouse Olivia à son chevet. Alors se déroule l’histoire de Thomas, personnelle et professionnelle, celle d’Olivia. Un roman qui se situe dans le monde de l’industrie, du point de vue du patron, ce n’est pas si fréquent. Et même si son traitement n’est pas original, c’est un plaisir. Chaque personnage est présenté dans toute sa complexité, ses rapports aux autres dans toute leur ambiguïté, et c’est intéressant. Le texte est ciselé, la structure du roman aboutie est porteuse de sens. Mais il y a beaucoup de malheur dans cette histoire et c’est un peu étouffant. Par contre, le dernier chapitre éclate comme un feu d’artifice, éclaire chaque personnage, ouvre sur un avenir plein de promesses, où chacun a trouvé sa place. Au final, un livre que j’ai aimé lire. » – Enell Liraconteuse (Nicole)

« Premier roman très abouti L’industrie française décrite comme jamais : la réalité de la vie d’un patron confronté aux délocalisations, la concurrence, les syndicats, la faillite est très violente. Ecriture rythmée : le quotidien de Thomas en alternance avec celui d’Olivia son épouse m’ont emportée, impossible de quitter ce livre que je recommande vivement. » – Annie Fort

« Veillé par Olivia sa femme, Thomas est suspendu entre vie et mort dans une chambre de réanimation. A bout de souffle après une violente crise d’asthme. Pour lui qui dirige une entreprise fabricant des inhalateurs pour asthmatiques, c’est à la fois paradoxal et ironique. En remontant le fil du temps, on apprend ce qui l’a conduit là, relié à un fil de vie par des tuyaux, des sondes et des respirateurs. Pour lui qui voue une sorte de culte aux machines prévues pour soulager les efforts des hommes, c’est à la fois ironique et paradoxal. Thomas est un patron de petite entreprise mais un patron humain, un patron qui cherche l’admiration, le respect mais aussi l’amitié de ses ouvriers, un patron prêt à tout pour améliorer leur condition et pour maintenir leurs emplois. Cependant ce ne sont ni des motivations politiques ou idéologiques qui guident ses choix, mais un envahissant sentiment de culpabilité traîné depuis l’enfance et la disparition de sa petite soeur handicapée. Ce même manque d’un être cher le relie à Olivia, comme si leur amour ne s’était construit qu’autour de gouffres béants. Olivia qui au chevet de son mari, prend conscience peu à peu de ce qui les sépare davantage que de ce qui les unit. Olivia dont les pensées semblent s’effilocher et se perdre entre espoir de retrouver son mari tel qu’avant et frustration de ne pas vivre une autre vie.
Je les ai ressentis comme des errances ces récits alternés entre passé proche pour la vie de Thomas dans son entreprise, et présent pour Olivia dans une salle de réanimation. Des errances entre comptes mal réglés avec l’enfance et quotidien qui échappe à tout contrôle. Des errances grisâtres au milieu des décombres des usines fermées, parmi des êtres comme ruinés de l’intérieur, asphyxiés financièrement, socialement et affectivement par les lois d’un marché qui ne se préoccupe que de rentabilité en repoussant toute notion d’humanité. L’alternance des chapitres joue avec les termes du titre et donne de multiples clés d’interprétation entre ces « principes » sur lesquels Thomas ne peut transiger, au risque de s’en étouffer, et cette « suspension » du temps, de la vie et du couple que constitue le coma dont il est victime et l’attente de son réveil… ou de sa mort.
Il a quelque chose d’une tristesse suffocante, ce premier roman étonnant. C’est, en tout cas, ainsi que je l’ai perçu. Comme un constat désespéré des effets de la crise économique, de la sphère publique jusqu’au plus intime de la sphère privée. Comme si, en définitive, les problèmes posés par tous les rapports humains étaient insolubles, inexorablement en suspension dans un milieu défavorable à toute possibilité de se rejoindre et de se mélanger.
J’ai beaucoup aimé ce point de vue inhabituel sur les conséquences de la crise économique et sur l’effritement d’un couple et la manière signifiante dont il est traité. Mais j’ai été si sensible à son atmosphère oppressante que je ne suis pas certaine d’avoir envie de le relire. – Merlieux L’enchanteur (Sophie Gauthier)
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Avec pour toile de fond les régions désindustrialisées du Nord de le France, Principe de suspension décrit la descente aux enfers d’un chef d’entreprise bienveillant et ambitieux qui voit son usine, ses machines auxquelles il accorde autant d’attention qu’à ses employés inéluctablement s’enfoncer dans la crise qui touche l’ensemble de l’industrie française. Se jetant corps et âme dans le sauvetage de son entreprise et de ses hommes, il ignore cette toux qui ne fait que s’amplifier, la douleur et la suffocation qui l’accompagnent et qui le conduiront jusqu’à la crise ultime, le coma et le respirateur artificiel.
En parallèle, on découvre la vie, la personnalité et les affects d’Olivia, sa femme, qui s’efface chaque jour un peu plus pour laisser à Thomas l’esprit tout entier à la direction de son usine. L’effondrement de Thomas est aussi le point de rupture d’Olivia, qui va découvrir qui elle est et ce qu’elle veut vraiment.
Tomber, stagner ou s’échapper ? Tout le roman semble construit autour de cette question, qui reste en suspend au fil des pages… comme la suspension dans l’éprouvette , le couple doit être parfois secoué, afin que les particules d’amour qui en réchappent ne coulent pas au fond et se séparent. Une vision terriblement réaliste de la vie économique et amoureuse, qui ne m’a pourtant pas vraiment touchée. – Elise Ribot
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