Les parapluies d’Erik Satie – Stéphanie Kalfon

Une plume qui ne laisse pas insensible, au service d’un propos qui valorise la créativité et l’affirmation de soi, de ses différences. « Un roman que l’on garde à côté de soi juste pour se rappeler qu’il est nécessaire de ne jamais ressembler à ces doublures que le monde nous dresse, ne jamais rentrer dans ces cases que l’on étiquette et qu’il est essentiel, vital de vivre dans la créativité que l’on souhaite mener, dans cette oxygène qu’est la vie. » nous dit joliment Sabine (voir son billet de blog)

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« Les parapluies d’Erik Satie », j’avoue que le titre du premier roman de Stéphanie Kalfon m’a beaucoup intriguée. De Satie, je connaissais certes les Gymnopédies… pas vraiment ma tasse de thé… mais je ne m’étais jamais particulièrement interrogée à son sujet… Pianiste et compositeur, musicien hors normes, ses sons décalés ne rentraient pas dans le style préféré de l’amateur de musique classique « classique » que je suis. Alors des parapluies !
A peine ouvert, pourtant, je me suis sentie propulsée dans son monde…dans un monde, car l’auteur ne se contente pas de relater sa vie, elle va beaucoup plus loin, narrant le climat dans lequel il évoluait, les personnalités qu’il côtoyait, le caractère si particulier qui fit de cet homme un musicien hors normes. J’ai apprécié, en effet, l’humanité avec laquelle elle parle de lui, l’artiste misérable, pour le moins ignoré, raillé, ridiculisé même, l’explique, lui rend hommage. Elle le dépeint merveilleusement dans son époque, au sein d’une société conformiste à laquelle il souhaite échapper. Réfractaire à tout ce qui était dicté par les bien-pensants, lui a voulu explorer d’autres rythmes, d’autres nuances de notes et fut donc incompris comme chaque précurseur. Il est vrai, je l’ai dit, que sa musique n’est pas d’un accès facile pour des néophytes, il faut s’y habituer, s’y adapter, s’en imprégner.
Stéphanie Kalfon nous raconte sa descente aux enfers, sa folie… « Signe extérieur de folie : Satie répète les mêmes motifs. Sans cesse il revient, revient, revient autour des mêmes choses…. Voilà comment il apparaît aux yeux des mondains. Aux yeux de ceux qui n’ont pas de sympathie envers la tristesse ». Car il ne fait pas bon être différent des autres, insolite, inventeur, même si parfois, l’on n’en a pas moins raison à être seul à dire vrai.
J’ai trouvé le récit déroulé par Stéphanie Kalfon parfaitement adapté à la musique du pianiste. Syncopée, dérangée, l’écriture s’envole, se pose et bringuebale de descriptions en citations. Elle englobe dans ses propres mots, ceux du musicien, ses pensées, ses réflexions, ses notes, et le tout forme une sarabande à l’image des sons que j’écoute en lisant, car, oui, il fallait bien ça : se remémorer cette musique déglinguée, écoutée et restée mystérieuse, alors que je n’avais pas plus de vingt ans.
Le sujet est original et le texte très beau qui ravive le gris de la vie de Satie, lui donne de la brillance, et à moi l’envie de redécouvrir cet artiste méconnu de son vivant. – Geneviève Munier
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« Il est des livres que l’on dévore, engloutissant les pages sans pouvoir s’arrêter, dans une boulimie qui ne trouve de satiété qu’à la lecture du dernier mot. Il en est d’autres, que l’on savoure, que l’on déguste mot par mot, avec de toutes petites bouchées, pour en garder le goût encore plus longtemps. J’ai lu Les Parapluies comme on lit une partition, par petites touches noires et blanches. J’ai lu Les Parapluies comme on savoure un recueil de poèmes, à chaque jour son rêve, son humeur, son émotion. J’ai lu Les Parapluies comme on apprécie une boîte de chocolat, une gourmandise après l’autre, doucement mais avec l’irrépressible envie d’aller jusqu’au bout.
Les parapluies d’Erik Satie font partie de ces textes, dont on aime se répéter les mots encore et encore, bien longtemps après que le livre est refermé. Et même quand les lettres s’effacent, il persiste une sensation de rêverie un peu mélancolique et attendrissante, ainsi qu’une grande envie de s’extraire des cases, de courir après la liberté, de rencontrer tous les Satie du monde. Un malaise aussi ? Possible, oui, possible…
L’humour, l’ironie, le vertige, l’ivresse, la folie, la tristesse d’un homme venu au monde très jeune dans un monde très vieux, précurseur désespérément incompris par ses contemporains, font de Satie un personnage très attachant, oscillant entre l’absurde complet et la profonde lucidité. Comme le gardien de phare qui l’éteint pour sauver les oiseaux, Satie garde ses 14 parapluies noirs à l’abri pour les protéger de la pluie. Absurde ? Et si on voyait les choses d’un autre œil, le temps de ce roman. L’œil d’un homme qui toute sa vie souhaita rester un être sans lendemain, sans règle, sans principe, sans raison … rester libre ? Ou s’égarer ? » – Elise Ribot
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Comment ne pas être émue par cette silhouette chaplinesque qui rejoint son lugubre logement d’Arcueil et sa féroce solitude ? De quelles vilaines pluies le parapluie noir qu’il n’ouvre jamais est-il censé le protéger ? Après la mort d’Erik Satie, ses amis entrent avec stupéfaction et accablement dans la pauvre chambre où il s’est caché pendant 27 ans. A partir de cette découverte, Stéphanie Kalfon brode une rêverie que scandent les indications fantaisistes que le musicien notait sur ses compositions. Une rêverie qui joue avec les éléments biographiques et nous fait pénétrer l’impénétrable, la part irréductible et mystérieuse d’un homme, d’un créateur exilé dans son temps. L’humour conjugué à la tristesse aboutit à l’absurde d’une existence que seule la mort rend visible. Il y a quelque chose de désespérant là-dedans, que l’ironie permet de désamorcer.
Je garde une impression de malaise après ma lecture de ce roman. Quelques petits trucs qui m’empêchent d’y adhérer complètement. Tout d’abord, il m’a semblé que l’auteur tirait fort sur le fil du pathétique, presque du larmoyant. C’est réussi, d’ailleurs : j’ai souvent eu les larmes aux yeux ! Mais ce qui me gêne surtout c’est que le point de vue adopté se donne pour biographique alors qu’il est et ne peut être qu’interprétation et reconstruction romanesque. La démarche qui utilise des fragments de la main du musicien, sortis de leur contexte, des évènements avérés de sa vie, comme venant authentifier le roman, alors que d’autres sont occultés, me paraît assez discutable. Le risque étant que l’on superpose complètement le musicien et son personnage. Quelle importance? me direz-vous. C’est un peu de la manipulation des faits, non ? Et, pour moi, ce n’est pas nécessairement rendre hommage à un créateur que de l’ériger en mythe, car alors la fable prend le pas sur la création et l’œuvre s’efface peu à peu derrière les images d’une trajectoire dramatique. Le mythe de l’artiste maudit est extrêmement fécond et Les parapluies d’Erik Satie s’y nourrit d’une manière originale et touchante. C’est un beau roman… dans lequel je me refuse à voir le reflet de l’existence réelle d’Erik Satie. – Sophie Gauthier
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« Possible, oui possible que la cohorte des 68 premières fois retienne ce premier roman comme l’un des meilleurs de ce 1er semestre 2017. Sure ! I bet on it with everyone! Il en reste cependant 25/30 à lire mais celui-ci inaugure une saison à la hauteur des espérances. Un régal ! Une prouesse! Voilà un récit romancé où alternent des voix diverses, des mélodies inachevées, des variations silencieuses dans ce portrait mélancolique du musicien écossais, mort dans le dénuement le plus total, rue Cauchy au 2e étage d’une chambre froide à Arcueil («qui rime avec cercueil ») seul, abandonné de tous avec ses 14 parapluies noirs, ses 2 pianos, et des tonnes de partitions. Se dégage une atmosphère particulière, un brin de folie, des voies de traverse pour capter l’artiste et son temps, sa vie d’homme plus que son œuvre, sa trajectoire plus que sa musique dans un Paris mythifié de la fin du dix-neuvième siècle où «les artistes sont devenus des gens de métier et les amateurs, des artistes». Un peu comme à notre époque, donc… «C’est tout un art de marquer les mémoires d’une encre effaçable» celle de Satie, pour le commun des mortels n’existe pas ou nous est inconnue or, l’auteur réussit habilement, magistralement, à nous en dévoiler les contours, à faire corps (et âme) avec son personnage, à le rendre vivant ; ô combien… Egaré dans une époque riche en bouleversements artistiques, aux côtés de Man Ray, Max Jacob, Debussy, Darius Milhaud ou Cocteau qui dira de lui à sa mort : «sa musique est un aspect de la conscience moderne, traduite en sens», la vie de Satie démarre plutôt mal. Il n’a que 5 ans, en 1865 quand sa petite sœur Diane meurt devant lui en présence de sa mère qui elle, mourra 6 ans plus tard. Puis sa grand-mère, Granny, tombée de sa fenêtre, se suicide à Honfleur. A 14 ans, jugé trop dilettante, on le renvoie de l’école de musique, l’année même où Louise Michel est condamnée. Le jeune homme poursuit sa vie d’une tristesse logée au fond d’un malentendu insoluble entre lui et son siècle, marqué par les deuils successifs avec pour corollaire la solitude qui s’immisce, pénètre son existence pour ne faire qu’Un avec lui-même, jusqu’à sa mort en 1925. Raconté comme ça, le livre peut faire peur, rebuter. Eh bien non, lisez-le! ayez de la sympathie envers la tristesse, emparez-vous de cette remarquable écriture en profonde osmose avec son modèle ; laissez-vous bercer par le jeu du «JE» qui parle (en italique) celle de Satie, l’auteur elle-même ? par l’alternance de chapitres qui soumettent à notre réflexion des questions existentielles sur le sens d’une vie «Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité » Satie est entré dans sa tonalité grâce à Stephanie Kalfon, avec maestria. » – Cécile Rol-Tanguy
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Lire également les billets de Joëlle, Charlotte, Héliéna, Henri-Charles, Martine, Bénédicte
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