Presque ensemble – Marjorie Philibert

Chronique d’une génération, Presque ensemble explore les méandres du désenchantement d’un couple en quête de sens. Avec ce premier roman, Marjorie Philibert parvient à capter quelque chose de l’air du temps. Éclairant.

presque-ensemble

J’ai dévoré ce livre alors que j’étais plutôt perplexe en lisant rapidement l’histoire. Certes Marjorie Philibert nous raconte l’aventure au long cours – somme toute assez banale – d’un couple, depuis la rencontre jusqu’à sa dissolution, en passant par les choses les plus banales comme les plus magiques. Mais elle parvient surtout selon moi à capter quelque chose de notre époque, des invisibles noyés dans la masse, des inadaptés à la vie, avec une mélancolie tenace, un souci du détail et une écriture pleine de fantaisie. Si le livre se rapproche parfois un peu trop d’un essai philosophique ou sociologique, il décrit parfaitement la sensation d’abandon qu’on a tous connue un jour et réussit à nous tenir en haleine jusqu’à la dernière ligne. – Boris Tampigny

A la lecture de ce roman, on a l’impression d’être juste un spectateur de la vie de Nicolas et Victoire. Leur vie aussi bien de couple que professionnelle, après des études choisies par défaut, est plate, sans aspérité ni consistance comme semble l’être la société dans laquelle ils évoluent sans jamais vraiment parvenir à y trouver une place. On a le sentiment qu’ils vivent un parcours laborieux dans une vie qu’ils n’ont pas vraiment choisie mais qu’ils subissent. Par petites touches ils se posent quelques questions quant à leur raison d’être mais leur manque d’énergie fait que cela ne dépasse jamais le stade de la pensée. Même les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux sont sans consistance, sans attrait. Ce qui aurait pu donner un peu d’épaisseur à ce roman. La seule note positive est qu’en seconde partie, cependant trop près de la fin de l’histoire, ils trouvent enfin leur raison d’être. – Sy Dola

Le début de ce roman m’a plu car je me suis un peu reconnue dans cette histoire d’un jeune couple. Ce début de roman est ancré dans l’actualité et je me suis souvenue de moments de ma vie (finale de coupe de foot, résultats d’élections présidentielles…). Ce qui m’a plu en début de lecture, c’est aussi une description d’une vie désabusée de ces deux jeunes gens. Mais malheureusement je me suis vite lassée. Et la dernière partie aurait pu faire l’objet d’un roman : le désir de devenir humanitaire et de s’apercevoir que la vie peut être monotone dans nos sociétés aseptisées, le métier de Victoire est de tester en tant que freelance des hôtels à multiples étoiles alors quand elle rentre à Paris, elle vit dans un petit deux pièces et a des fins de mois difficiles, le métier de Nicolas et l’importance excessive des statistiques et de leurs analyses par des experts pour essayer de comprendre la vie. Ce roman est aussi le constat d’une vie terne, faite d’habitudes, de compromissions : car ce couple reste ensemble et est presque ensemble pour ne pas se retrouver seuls. Un constat d’une génération sans réelle ambition, politique et sociale. On a l’impression qu’ils laissent le temps passer et ne prennent aucune décision pour changer ou du moins pimenter leur vie (quelques amants de passage !). Un peu déçue par cette lecture mais cela fait aussi partie de notre challenge. Faire des découvertes, avoir des coups de cœur, des déceptions. – Catherine Airaud

Passée la joie de recevoir un premier ouvrage dans le cadre des « 68 premières fois », le bandeau et les mots de l’éditeur ne m’attiraient pas outre mesure. Sans doute mon regard ne se serait pas attardé plus de quelques secondes en arpentant les rayons de ma librairie favorite devant la photo d’appel, trop mièvre et publicitaire à mon goût. Nous faire croire ainsi au récit amoureux d’un jeune couple qu’un chat ne suffirait pas à sauver…n’est guère rendre service à ce premier roman pourtant, me semble-t-il, prometteur.

Il s’agit pourtant bien de l’histoire d’un couple mais est-ce seulement une histoire d’amour ?

Nicolas et Victoire se frottent fortuitement dans l’euphorie électrique d’un soir de fête exceptionnel et se harponnent l’un à l’autre comme à une chance inopinée. Dès le début le désir est absent, le désir amoureux. Bien sûr les corps s’émeuvent mais finalement très vite de l’exploit d’accéder si facilement à un autre et à la jouissance à deux, et non du miracle ou de l’extase d’une passion qui exulte les sensations et sentiments. Nicolas dans les premières heures et jours qui suivent leur rencontre n’aura de cesse de venir vérifier la réalité simple, si simple, de cette jeune femme à ses côtés, dans son lit.

Ainsi nous suivons au fil de la lecture nos deux jeunes ordinaires fonder leur quotidien et bâtir l’un avec l’autre un chemin autour de leur couple qui devient refuge, noyau autour duquel se greffent ce qu’il faut d’ingrédients pour s’inscrire dans le groupe social : les études, les amis, le travail… Ce qu’il faut d’ingrédients pour participer au monde ou tout du moins en posséder les codes et la représentation. Ce qu’il faut d’habitudes aussi pour se « clouer » au sol et prendre corps et poids sur terre.

Les habitudes deviennent remparts indispensables (une « boulimie d’ancrage ») mais de fait enferment et asphyxient.

 « La mort, pensa-t-il, remettrait tout en place. Il se dit qu’il arriverait face à elle vierge, enfin débarrassé des débris de sa vie passée, qui n’avait été qu’une accumulation de choses dépourvues de grâce, sottement ordinaires et rassurantes ».

Victoire et Nicolas s’ancrent l’un à l’autre à défaut de s’ancrer dans la vie, dans une vie qui serait leur. Dans l’absence de désirs et de sens, ils déambulent et attendent le signal, le changement qui leur donnera un objectif, une mission et donc un élan pour remplir l’existence et signer leur singularité. Les rares amis sont des gens qu’ils croisent, les emplois sont des opportunités sans investissement. Ils le font bien mais rien n’est animé ni vraiment vivant. Victoire rédige des accroches patinées et vendeuses pour des hôtels luxueux en courant de nombreux pays dont elle ne voit rien d’autre que les aéroports et les suites mirifiques ; Nicolas malaxe des sondages et statistiques pour accoucher d’affirmations journalistiques scientifiquement détournées et accrocher des lecteurs-chercheurs en mal de réponse sur l’humain. Ils participent ainsi à la mascarade des faux-semblants, sans être dupes vraiment, en espérant plus toujours mais sans révolte non plus. Et sans étincelle jamais.

Ce premier livre ne laisse aucune place aux illusions. Marjorie Philibert déploie dans une écriture vive, rapide et incisive une histoire sans rebondissement, sans intrigue, avec des personnages apparemment sans relief mais auxquels on se surprend pourtant à penser, comme une mélodie en sourdine, discrète et morose. Avec une lucidité flamboyante, une conscience aigüe de la réalité d’une génération livrée à un monde de plus en plus creux et gratuit, l’auteure nous interdit le rêve et le leurre et décrit sans fard, sans détour et sans arrangement le réel d’un ennui et d’un vide, souffrance silencieuse et latente de deux êtres évanescents, lesquels pour tenter de faire consistance s’amarrent l’un à l’autre et au moins pensent affronter ensemble le reste du monde.

Si former un ensemble, comme un ensemble géométrique pour se greffer à d’autres grands ensembles, peut aider ou rassurer, il n’en reste pas moins qu’on reste bien seul dans cet espace défini : deux entités insuffisantes à se combler l’une l’autre. Deux brindilles en quête d’elles-mêmes qui trouveraient consistance en s’accrochant l’une à l’autre pour ne pas être dispersées, dissoutes par les vents multiples de l’existence. Presque ensemble…

« Ce qui fait penser à Nicolas que l’humanité, dût-elle disparaître, le couple serait encore là, acharné, n’en démordant pas, unissant dans une guerre continue pour être deux qui était plus forte que toutes les peurs qui avaient existé (…) tournoyant sans but dans un brouillard épais et blanc, avançant par deux sans se lâcher dans la grande débandade du ciel ».

Le constat est amer, cynique et triste. Ce roman ne nous embarque pas vers un ailleurs qui envole et fait du bien ; au contraire il nous offre un monde désenchanté, voire pessimiste. Mais parce qu’il est bien écrit et selon moi courageux, sa peinture crue et percutante d’un quotidien sans rêve nous pousse dans nos retranchements. Il m’a mise mal à l’aise par moments, la mélancolie parfois était grise, mais jamais brutale non plus.

Ce livre, premier de surcroît, a déjà ce talent remarquable de ne pas laisser indifférent : avec  Presque ensemble,  Marjorie Philibert donne à voir très précisément des réalités déplaisantes et chagrines dans une langue fine, riche et de grande justesse.

A la fin cette lecture reste, son empreinte flotte maladroitement, on ne sait quoi  penser…Sinon que la vie est là, simplement là.

«  Il y avait eu tout ce temps à tourner en rond, toutes ces journées où ils auraient pu se dispenser de vivre. Il y avait eu l’appartement, les voisins, les sorties, les vacances. Il y avait eu les gens et les villes. Il y avait eu tout ce qu’il y avait partout. A présent, elle s’en rendait compte, leur histoire avait été leur principale aventure de leur vie ». – Karine Le Nagard

Ainsi que les billets de blog de : Amandine, Anne, TlivresTArts, Joëlle, Henri-Charles

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